Transmission : que transmettons-nous ?
Un deuxième fil rouge important de l’exposition est celui de la transmission : la manière dont les savoirs, les récits, les rituels et les souvenirs se transmettent de génération en génération.
Certains fils sont littéralement visibles — tissés dans des textiles, consignés dans des manuscrits, inscrits dans l’architecture ou imprimés dans un chemin. D’autres sont plus fugaces : une mélodie, une voix, un geste répété ou une histoire transmise au sein d’une communauté.
Mais transmettre ne signifie jamais simplement conserver. Toute forme de mémoire implique également une sélection, une interprétation et une transformation. Une archive raconte ce qui a été conservé, mais aussi ce qui a disparu ou n’a jamais été consigné.
Plusieurs artistes partent précisément de cette tension.
- L’artiste palestinienne Noor Abed présente A Night We Held Between (2024), une œuvre où chant, danse, film et paysages palestiniens se conjuguent pour créer une forme de mémoire collective. Un chant issu des archives du Popular Art Centre Palestine devient le vecteur du deuil, du déplacement, de la solidarité et de la survie.
- Chez Julia Isídrez, le savoir se transmet par les mains et la matière. Ses sculptures en céramique s’inspirent de traditions guaraníes qu’elle a apprises de sa mère et de plusieurs générations de femmes. L’argile devient à la fois paysage, mémoire et savoir vivant.
- L’artiste colombienne María Angélica Medina rend cette transmission littéralement visible à travers le fil. Son œuvre évolutive Pieza de conversación (1988–) grandit depuis plusieurs décennies au fil de son tricot. Les conversations, les silences et le temps partagé deviennent partie intégrante de l’œuvre.
- Erik Tlaseca considère lui aussi la tradition comme quelque chose de vivant. Sa série Xipe est née d’une collaboration au long cours avec des artisans d’Oaxaca. Les techniques et les matériaux ne sont pas simplement préservés, mais évoluent à travers la collaboration, l’échange et de nouveaux contextes.
- La Chilienne Cecilia Vicuña utilise dans Quipu Austral la tradition andine des fils noués comme un langage vivant et poétique. La laine, la voix et le son relient différents paysages et systèmes de connaissance, et présentent la mémoire comme quelque chose qui se tisse et se réinvente sans cesse.