Neuf nouveaux projets prennent naissance à l’Abbaye de Parc
Pour neuf artistes, le lieu, les archives et le paysage constituent directement le point de départ de nouvelles œuvres.
Gabriela Albergaria crée avec Care as a Fundamental Right (2026) une installation vivante composée de branches, de troncs, de mousses, de feuilles, de terre et de plantes récoltés sur le domaine. La croissance, la décomposition, les champignons et les insectes continueront de transformer l’œuvre tout au long de l’exposition.
Dans la bibliothèque historique, Leonor Antunes développe une nouvelle installation inspirée de l’architecture, du plafond en stuc du XVIIe siècle et des archives. L’artisanat, la transmission des savoirs et les formes de travail souvent invisibles sont au cœur de sa démarche. Un concert consacré à la musique d’Éliane Radigue viendra plus tard activer l’œuvre sur le plan sonore.
Dans Concerning Unknown Women (2026), Ana María Caballero revisite des poèmes issus des archives de l’abbaye de Parc, qui commémoraient des femmes entrant dans la vie religieuse, réduisant ainsi leurs existences individuelles à des idéaux prescrits de dévotion et de renoncement. À travers des portraits imaginaires et sa propre poésie, Caballero confère à ces femmes une ébauche d’identité propre. Elle les présente sur un site web muséal spéculatif qui interroge la manière dont les représentations intègrent les archives historiques et le canon.
Tarik Kiswanson développe pour le réfectoire historique une constellation sculpturale évoquant un cercueil, un cocon et un berceau. L’œuvre est réalisée à partir de la caisse en bois d’un piano Steinway Victory Vertical, qui fut parachuté aux soldats à travers l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale, et réunit la mort, la transformation et la naissance en un seul cycle.
Parallèlement à l’exposition Paysages entrelacés, Tarik Kiswanson présente son film The Conservatory (Saint-Denis) lors du festival Playground (du 19 au 22 novembre) au Museum M.
Irene Kopelman travaille à partir de la biodiversité du site de l’abbaye. En collaboration avec des scientifiques, elle étudie les papillons de nuit recensés sur le domaine lors de précédents inventaires. Le dessin devient un moyen de mettre en dialogue observation scientifique et regard artistique.
L’artiste bruxelloise Hana Miletić s’est plongée dans les anciens livres de chants des Prémontrées de Gempe conservés à l’abbaye. Les annotations manuscrites, les mélodies et les traces d’usage sont transposées en nouvelles œuvres textiles et en compositions vocales, interprétées par Amina Szecsödy.
Felipe Mujica a découvert des roses des vents historiques dans des manuscrits topographiques du XVIIe siècle. Pour Rosa de los vientos (2026), il les transpose en grandes bannières textiles. Des ateliers menés avec des communautés locales viennent prolonger le projet.
Tout en haut de la bibliothèque, Laure Prouvost crée In The Cracks We Nest, 2026, un nouveau paysage in situ entre les anciennes charpentes en bois. Branches, oiseaux en céramique, filets et objets trouvés s’installent entre les poutres et invitent les visiteurs à découvrir littéralement l’abbaye sous un autre point de vue.
Daniel Steegmann Mangrané part, pour une nouvelle version de La Pensée Férale, d’un arbre mort présent sur le domaine, devenu un habitat important pour les pics, les abeilles sauvages, les insectes et les champignons. Sa forme exacte est moulée en bronze, faisant ainsi coexister la permanence de l’œuvre et la transformation écologique.